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J'ai lu pour vous Des éclairs de Jean Echenoz

Note de petitloup
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Note des kritikeurs
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Une kritik de petitloup, le 28.07.2011
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Des éclairs de Jean Echnoz, la vie de Nikola Gregor Tesla
Des éclairs de Jean Echnoz, la vie de Nikola Gregor Tesla

Voici un livre à lire ABSOLUMENT !
Au cours d'un dîner entre amis on me parle de ce bouquin, et moi dès qu'on me parle de livre, je suis tout ouïe!
Après Ravel et Courir (que je n'ai pas encore lu, mais ce n'est qu'une question de temps), Des éclairs constitue le dernier volet du triptyque de « vies imaginaires » relaté par Jean Echenoz.

En résumé:
Gregor a inventé tout ce qui va être utile aux siècles à venir. Il est hélas moins habile à veiller sur ses affaires, la science l'intéresse plus que le profit. Tirant parti de ce trait de caractère, d'autres vont tout lui voler. Pour le distraire et l'occuper, ne lui resteront que la compagnie des éclairs et le théâtre des oiseaux.
Fiction sans scrupules biographiques, ce roman utilise cependant la destinée de l'ingénieur Nikola Tesla (1856-1943) et les récits qui en ont été faits.

Echenoz est tranchant et super pointu au niveau du style. Ce livre se dévore!
On y découvre Grégor Tesla avec des anecdotes et toute une vie.

Source Telerama:

S'emparant de la figure, bien réelle, de l'ingénieur Nikola Tesla (1856-1943), Jean Echenoz s'octroie d'emblée la liberté d'attribuer aux conditions mouvementées de sa naissance deux conséquences : une passion pour l'électricité - il mettra effecti­vement au point le courant électrique alternatif - et un caractère « ombrageux, méprisant, susceptible, cassant ». Ainsi se pré­sente donc Gregor, l'alter ego fictif de Tes­la, dont Des éclairs raconte l'existen­ce romanesque et drolatique. Laquelle a essentiellement pour cadre les Etats-Unis, où Gregor émigre alors qu'il a une trentaine d'années, le cours de sa vie embrassant dès lors un demi-siècle de progrès scientifique incessant - le roman d'Echenoz épousant merveilleusement le rythme plus que vif de ces décennies effervescentes.

Car Gregor est un génie, un aventurier de la science qui voit haut et loin. « Les dispositifs qu'il envisage ne donnent pas dans le dérisoire, ni dans le trivial, ni dans le détail. Gregor ne sera jamais du genre à perfectionner une serrure, améliorer un ouvre-boîte ou bricoler un allume-gaz. Quand les idées lui viennent, cela se manifeste tout de suite de haut, de très haut, dans l'immensité cosmique et l'intérêt universel. » Avec Gregor, on n'est pas dans le bricolage, mais dans le sublime, dans l'utopie devenue réalité. La liste de ses inventions laisse songeur. Il y a le courant alternatif, donc - découverte qui fait de lui le rival direct d'Edison, dont il fut un temps l'assistant. Mais ce n'est pas tout : « La radio. Les rayons X. L'air liquide. La télécommande. Les robots. Le microscope électronique. L'accélérateur de particules. L'Internet. J'en passe », égrène Jean Echenoz, offrant des travaux de Gregor de délec­tables et minutieuses descriptions poético-technologiques.

Mais à côté de tous ces dispositifs scienti­fiques et techniques complexes, à leur origine, il y a Gregor lui-même - et c'est là, dans l'approche du personnage, que l'on touche sans doute au coeur battant du roman d'Echenoz. Qui est Gregor ? Un indivi­du complexe, à bien des égards insaisissable. Un être rêveur autant qu'antipathique, égoïste, colérique. Un magicien dont les démonstrations savamment mises en scène enchantent les foules. Un cerveau inquiétant à force d'être génial, disposant, « avant de construire une machine, de cette singulière disposition à l'avoir très précisément dans son esprit en trois dimensions et dans tous ses détails ». Un visionnaire. Un mytho­mane peut-être. Un mondain, c'est certain. Un ambitieux spolié pourtant de la majorité de ses inventions par d'autres découvreurs jaloux, ou par des financiers, tous plus pragmatiques que lui. Un esprit généreux néanmoins, dont l'utopie ultime serait d'« électriser la planète », à savoir de « transmettre une énergie universelle sans que cela coûte rien à personne ». Un pur esprit, surtout, sorte de condensé d'énergie cérébrale. Un homme tragiquement seul, auquel on ne connaîtra strictement aucune vie intime, aucun attachement sentimental - une passion pour les oiseaux cependant, ainsi qu'un penchant pour Ethel, l'épouse d'un de ses mécènes, mais jamais il ne nomme­ra le trouble qu'il éprouve, ni ne le laissera éclore en un sentiment amoureux.
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